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La « nounou numérique » : un monde sans regard

  • Photo du rédacteur: Ecole Française de Psychologie Fonctionnelle
    Ecole Française de Psychologie Fonctionnelle
  • 14 oct. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 janv.

Approche clinique et fonctionnelle du développement de l’enfant dans l’ère des écrans



Introduction : une scène ordinaire, un bouleversement invisible

Dans un hall d’aéroport, une vingtaine d’enfants dans leurs poussettes, les yeux fixés sur des écrans. Silencieux, dociles, absorbés. Les parents, eux aussi, connectés à leurs téléphones.

Une scène anodine, presque rassurante pour qui cherche le calme dans le tumulte moderne.

Mais derrière cette tranquillité apparente se joue un phénomène profond : le glissement de la fonction parentale vivante vers une présence numérique désincarnée. L’écran devient le régulateur externe, l’objet transitionnel universel, la « nounou numérique » mondiale.

Pour la Psychologie Fonctionnelle, cet usage n’est pas seulement une question d’éducation ou de société : c’est un changement structurel dans le développement fonctionnel de l’enfant, touchant à la fois le corps, le lien, les émotions, la régulation neurovégétative et la formation de l’identité.



Quand la relation se déconnecte

Dans la vision de la Psychologie Fonctionnelle, développée par Luciano Rispoli et les écoles italiennes, chaque être humain se construit par l’unité vivante de ses fonctions : émotionnelles, cognitives, motrices, sensorielles et végétatives.

Ces fonctions ne s’ajoutent pas : elles s’entrelacent, se nourrissent mutuellement. Et c’est dans la relation — le regard, le toucher, la voix, le rythme du corps — que ces fonctions grandissent et s’équilibrent.

Lorsque l’enfant regarde un écran, ou que le parent est absorbé par le sien, cette trame relationnelle se détend, puis se rompt peu à peu. La chaleur d’un visage est remplacée par la lumière froide d’un écran ; le jeu partagé par l’immobilité ; la lenteur par la vitesse et la satisfaction immédiate.

Les consultations montrent combien ces expériences laissent des traces : agitation, colères explosives, isolement, difficulté à attendre, à se concentrer, à tolérer la frustration.Le système tout entier semble vivre en mode d’alerte permanente.



Le cerveau croit jouer… le corps se prépare à combattre

Prenons l’exemple d’un jeu virtuel de tennis sur tablette.Le doigt bouge à peine, mais le cerveau, lui, croit jouer réellement. Il active alors les mêmes signaux physiologiques : accélération cardiaque, tension musculaire, respiration courte, préparation à l’effort.

Mais il n’y a ni mouvement réel, ni décharge motrice, ni retour corporel.Le corps s’active sans agir.

Ce déséquilibre entre activation et décharge crée une tension diffuse : un fond de stress, une agitation invisible, qui se traduit chez l’enfant par des troubles du sommeil, des crises soudaines, une incapacité à se poser.

Un autre danger apparaît : la banalisation de la violence. Dans les jeux virtuels, tuer, exploser, gagner rapidement associe excitation, plaisir et agressivité. Le cerveau immature de l’enfant apprend par mimétisme fonctionnel, sans toujours distinguer jeu et réalité.



Un apprentissage sans corps ni temporalité

Le développement de l’enfant repose sur la lenteur, la répétition et la frustration constructive. Marcher, parler, dessiner, jouer avec d’autres impliquent des mouvements amples, des sensations variées et des émotions régulées par le lien humain.

Dans l’univers numérique, tout est immédiat. L’enfant obtient sans effort graduel, saute les étapes. Lorsque le monde réel ne répond pas aussi vite que l’écran, la frustration devient insupportable.

Les études italiennes récentes montrent que l’exposition précoce aux écrans augmente significativement les risques de troubles attentionnels, de retards de langage et de difficultés de régulation émotionnelle.



Le lien humain comme boussole fonctionnelle

L’enfant capte tout : la moindre absence du regard, la rupture du rythme, la tension du corps parental. Même lorsque le parent parle ou sourit, une attention divisée se ressent.

Observer le corps d’un adulte absorbé par son téléphone est révélateur : tête penchée, nuque figée, respiration coupée, épaules affaissées. L’enfant voit, imite, intègre.

Il grandit alors dans un univers où le modèle corporel est statique, où les échanges sont fragmentés, et où la joie du mouvement, du jeu et de la curiosité s’amenuise.



Les fonctions du vivant et leurs altérations sous l’effet des écrans

La Psychologie Fonctionnelle décrit le développement humain comme une construction intégrée de systèmes fonctionnels.


La fonction émotionnelle : le lien remplacé par la stimulation

L’émotion se régule par le regard, la voix, la chaleur corporelle.Remplacées par des images, ces expériences deviennent superficielles : sur-stimulation de surface, sous-stimulation profonde.

Les enfants deviennent à la fois explosifs et éteints, incapables de tolérer la frustration et rapidement indifférents.


La fonction cognitive : la pensée sans maturation

La pensée se construit dans l’attente, l’erreur et l’expérience.L’usage intensif des écrans chez les jeunes enfants est corrélé à des déficits de mémoire de travail et de flexibilité cognitive.

La fonction cognitive se détache alors de ses racines sensorielles et émotionnelles.


La fonction sensori-motrice et posturale : le corps en sommeil

Face à l’écran, le corps devient immobile. La motricité se réduit à des micro-mouvements, le système postural perd sa tonicité, la respiration devient thoracique.


La fonction neurovégétative : stress et perte de rythme

L’écran perturbe les cycles naturels activité/repos, jour/nuit, tension/détente. Il favorise une suractivation du système sympathique, au détriment de la détente et du repos.



Les traces épigénétiques du monde numérique

Les recherches en épigénétique confirment que les expériences relationnelles modifient la biologie. Le stress relationnel et la surstimulation visuelle laissent une empreinte durable sur la régulation du cortisol et la plasticité neuronale.

Le monde numérique ne modifie pas seulement les comportements, mais la manière dont le corps répond à l’environnement.



Les Expériences de Base comme antidote au numérique

Face à la « nounou numérique », la Psychologie Fonctionnelle propose une voie de reconstruction vivante.

  • Patience : redonner le temps au désir

  • Agitation : transformer la tension en mouvement ample

  • Curiosité et participation : restaurer la créativité

  • Sommeil et sécurité : reprogrammer le calme intérieur

Ces expériences soutiennent la régulation émotionnelle, corporelle et neurovégétative, et restaurent la sécurité affective.



Pistes d’accompagnement pour les psychopraticiens

  • Explorer les usages numériques dans l’anamnèse

  • Repérer les altérations fonctionnelles

  • Proposer des Expériences de Base restauratrices

  • Travailler le corps du parent

  • Restaurer le rythme

  • Réhabiliter le plaisir simple et le jeu vivant



Conclusion : restaurer la chaleur du vivant

L’écran ne détruit pas l’enfant, mais il refroidit le lien. Il coupe le flux vital qui relie le geste à la sensation, la pensée à l’expérience, la tendresse au contact.

La mission des psychopraticiens en Psychologie Fonctionnelle est de ramener le mouvement, la respiration, le regard, le jeu et la lenteur au cœur du quotidien.

L’enfant ne demande pas un monde sans technologie, mais un monde où la technologie ne remplace pas la relation. Et c’est cette chaleur humaine — du regard, du corps, du rythme — qui, seule, fait grandir.

 
 
 

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